Maréchal, les voilà !

Depuis les recherches fondamentales menées par Robert Paxton dans les années 1970, l’étude de la France pétainiste n’a cessé de s’enrichir.

Saluons ici la nouvelle livraison de l’un des grands contributeurs de cette historiographie, Jean-Pierre Azéma, auteur de livres aujourd’hui incontournables et qui, dans Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires paru chez André Versaille à Waterloo, relève une nouvelle fois avec brio le défi de démêler les fils de la collaboration en France durant la Seconde Guerre mondiale.

Revenant sur la débâcle de juin 1940, Azéma décrit la mise en place du régime de Vichy et les affaires qui se trament dans les coulisses du pouvoir. Car c’est avant tout une histoire d’hommes et d’ambitions antagonistes que celle du régime de Pétain. De la poignée de main de Montoire à l’épuration, l’auteur montre toutes les facettes de ces ambitions qui ont trouvé leur application dans la collaboration militaire, économique et intellectuelle. Il précise le rôle de personnages clés comme Darlan, Darnand, Abetz, Brasillach. Il explique le STO, la LVF, le rôle des autorités dans la Shoah, mais aussi celui des résistants de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, des gaullistes aux pétainistes (ceux que l’on qualifie de « vichysto-résistants »). Il montre aussi une France coupée en deux ainsi que les accommodements plus ou moins délicats opérés dans les milieux artistiques et intellectuels parisiens. Il parle enfin de ce qui est resté dans la mémoire collective de ces années sombres, et de la nécessité d’un devoir de réflexion sur ces événements.

Parce que la collaboration française était avant tout une somme de chimères abominables.

Celles d’un vieux maréchal déterminé à mettre en place un régime dictatorial en France. Celles de Pierre Laval, le cynique et plus fidèle allié de l’Allemagne, rêvant des miettes que lui jetteraient les nazis. Celles d’hommes qui, comme Marcel Déat et son pire ennemi Jacques Doriot, virent dans la victoire de l’Allemagne et par la croisade contre le bolchévisme l’occasion d’accéder au pouvoir. Celles d’aventuriers ou de déboussolés naïfs sensibles au chant des sirènes de l’Ordre nouveau. Celles des nazis enfin, qui n’avaient d’autres projets pour la France que d’en faire un pays à la botte du Troisième Reich, en le pillant de ses richesses, en massacrant ses citoyens (juifs et autres) et en y réduisant à néant toute forme de liberté.

De bien sombres projets dans le crâne de sombres crapules !

EUTROPE

Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires par Jean-Pierre Azéma, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 248 pp. en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 €.

Date de publication
vendredi 25 octobre 2013
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